Mes parents sont partis d’Albanie car ils cherchaient une vie meilleure. L’Albanie c’est un pays magnifique, mais à l’époque, dans les années 90, c’était la guerre civile là-bas… À notre arrivée en Belgique, j’avais 9 ans. Dès le début, mes parents tenaient à apprendre le français. Mon père a fait énormément de petits boulots, il travaillait tout le temps pour qu’on ne manque de rien. Malheureusement peu de temps après la naissance de mon petit frère, et peu de temps après notre arrivée ici en Belgique, il est décédé. Ça a été une épreuve vraiment très difficile. Comme ma mère avait l’essentiel de sa famille en Albanie, nous y sommes retournés, elle, mon petit frère et moi. Pour maman c’était trop dur d’être seule ici, elle ne parlait pas assez bien le français et nous étions loin de la famille, il fallait mieux rentrer.
Mais rapidement, elle s’est rendu compte que la vie en Albanie était toujours aussi difficile. La guerre était passée, mais la vie n’était pas meilleure. Pas de Sécurité sociale, aucune aide au logement, et c’était très difficile de se faire soigner… Je caricature un peu, mais en Albanie, tu dois payer 3 fois le médecin : une fois pour qu’il accepte de te prendre en consultation, une fois pour la consultation, et encore une fois pour le traitement. Les gens ne sont pas pris en charge en cas de soucis ou même de handicap. À l’hôpital, tu fais la file, et si tu n’as pas d’argent… Nous avons donc à nouveau quitté l’Albanie et nous sommes revenus en Belgique. À notre retour, maman a enchaîné les petits boulots, mon frère et moi avons pu aller à l’école. Plus tard maman a pu bénéficier de la Sécurité sociale car elle souffrait énormément du dos. Elle a toujours exercé des métiers lourds et difficiles.
Quand elle n’a plus perçu les indemnités, j’ai décidé d’arrêter mes études secondaires pour travailler avec ma maman. J’avais alors 17 ans. Nous étions un peu exploitées mais j’étais contente de travailler et d’aider ma mère et mon petit frère. Dans le monde des petits boulots, j’ai tout de même été confronté à certaines épreuves qui m’ont donné l’envie de reprendre mes études. Quand on a vécu tout ça, on a une soif et une volonté d’apprendre pour s’en sortir. Après quelques mois de travail, j’ai passé le jury central et ensuite j’ai pu poursuivre mes études supérieures ! J’ai fait un baccalauréat à l’Ephec en cours du soir et un autre en cours de jour. J’étais très motivée et puis comme je dis toujours : « quand je veux un truc je le fais ! ».
Ce que je retiens de tout ça, c’est la force que j’ai pu en retirer, et tout ce que ça m’a permis d’accomplir. Quand je regarde où j’en suis aujourd’hui, c’est fou. Sans tout ce système quasi invisible, je ne sais pas si ma famille et moi nous en serions là aujourd’hui. Alors je retiendrais ça, cette force, la possibilité qui m’a été offerte de m’accomplir, et aussi le goût des yaourts à la banane ! Quand je suis arrivée en Belgique, j’avais 9 ans, et je me souviendrais toujours de la première fois où j’ai mangé ces yaourts, c’était dingue !
Chaque année, nous retournons voir notre famille en Albanie. Il existe une vraie solidarité dans notre famille. Chacun, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, aide les autres comme il le peut, à son niveau. La solidarité est une valeur importante pour nous. Nous sommes très soudés et nous restons énormément en contacts même si nous sommes dispersés dans différents pays.
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